louve

LOUVE

 

Louve la marchombre

 

 

Elle était apparue là sans prévenir.
L'instant d'avant, il n'y avait rien.
L'instant d'après, elle était là.
Elle, Louve la Marchombre.



La voyageuse observa ses mains d'un air curieux. Que de temps il avait fallu pour parvenir à ce niveau... Une vie entière.

Une cité elfique cachée de tous.
Une vallée où les seules larmes étaient celles des nuages.
Imladris.

Un foyer. Une maison.
Le seul lieu où la rectitude régnait encore de façon pleine et entière.
Le seul lieu où elle eût jamais eu un père et une mère...



Cinq ans. L'idylle avait duré cinq ans. La rôdeuse se rappelait encore des visages de sa mère, ses longs cheveux auburn et ses grands yeux changeants, et de son père, des traits fiers empreints d'une volonté inébranlable.

Son frère jumeau, Eyhan, et ses deux petites soeurs, Ahra et Arya, avaient choisi l'humanité. Pas elle.

"Je choisis d'être un elfe..." Sa voix fluette avait résonné dans le temple des Cinq le jour où les quatres enfants avaient fait leur choix. Elle devait alors avoir environ quatre ans, mais elle était pleinement consciente des enjeux de son choix. Elle serait elfe.

Hormis ce détail, leur enfance se passa comme celle de n'importe quels enfants d'Imladris. Jamais leur rang n'eut d'influence sur leur vie, et il était bien qu'il en fût ainsi.

C'est le jour de ses cinq ans que tout avait basculé.

Isefet avait frappé alors que Louve et ses parents étaient seuls à Imladris, son frère et ses soeurs étant partis avec des elfes chasseurs depuis deux jours.

Isefet, l'opposée de Mâat, la tendance irrémédiable au chaos et à la destruction.

Son père se dressa devant l'homme qui, vêtu d'une étoffe noire masquant ses traits, n'était pas identifiable.
Mais la trace de son aura, Louve la conserverait à tout jamais en son coeur.
Comme imprimée au fer rouge dans le fin tissu de son âme...
Un duel s'engagea, un duel que l'ombre était certaine de gagner... Mais le père de Louve tint bon. Il était parfaitement conscient de sa fin inéluctable, mais n'avait qu'un seul but: préserver sa fille des griffes du Mal.
Car c'était elle qu'il voulait. En l'apercevant, l'ombre avait eu comme un mouvement imperceptible, une sorte de satisfaction à la voir.
Le regard du prédateur.

Et la mère de Louve, pour la première et la dernière fois, employa la totalité de son pouvoir. Elle détacha son médaillon et le passa au cou de sa fille. Cinq ans... Louve n'était pas capable d'assumer un tel pouvoir. Les paroles de l'elfe résonnèrent autour de la demi-sang telle une mélopée tourbillonnante... Elle eut juste le temps de voir son père tomber et sa mère terrassée...

Puis ce fut le vide total. La petite fille avait été projetée dans les airs avec une telle force qu'elle ne distinguait plus rien autour d'elle.
Louve vola longtemps.

Puis la courbe amorça un mouvement descendant. Elle écarquilla les yeux de frayeur et mit ses mains devant elle, geste dérisoire destiné à la préserver d'une chute mortelle.
Chute qui n'eut pas lieu.

Elle se posa telle une fleur au milieu d'une clairière, dans une forêt semblant infinie.


Au matin, l'homme la trouva enfin.
A sa vêture, c'était un guerrier habitué à vivre en pleine nature.
A son visage, un combattant farouche.
A son expression lorsqu'il la trouva, il la cherchait.

Il l'amena en un endroit où Louve devait passer ses dix prochaines années.
Le village caché de Konoha, fief des rebelles Sodan.

Les Sodan appartenaient à un peuple longtemps opprimé par de faux dieux. Deux cent ans auparavant, leur fondateur, Hokage le premier, s'était rebellé contre les usurpateurs qui opprimaient et asservissaient son peuple. Toute une partie des ex-esclaves s'était soulevée, mais pas suffisamment pour mettre fin à leur règne.
Les Sodan s'étaient alors retirés, pris d'un profond dégoût de leurs semblables. Et nul ne les avait plus revus depuis lors. Ils vivaient dans un lieu dont l'emplacement était aussi jalousement gardé que celui de Kheb ou d'Imladris, et selon leurs propres règles.

Louve y retrouva, on ne savait comment, Eyhan, Ahra et Arya. Mais si son frère et ses deux soeurs se portaient bien, l'esprit de la jeune semi-elfe était hanté par le souvenir des évènements qu'elle avait vécu. Chaque nuit elle revivait la mort de ses parents, avec des détails d'une atrocité criante. Une intensité croissante. Elle en perdit le sommeil -de là vient son habitude de se contenter de peu d'heures de sommeil... lorsqu'elle prend seulement le temps de dormir.
A tel point que Hokage, le quatrième, dut employer les arcanes afin de chasser de son esprit le souvenir de ces événements.

A partir de là, Louve retrouva une paix toute relative il est vrai, mais la paix. Sa nature d'elfe la poussant vers la solitude, elle passa de plus en plus de temps dans la forêt, seule.

C'est lors d'une de ces escapades, à l'âge de dix ans, qu'elle rencontra Jen'hilin Alhüin.

Jen'hilin était un homme d'une grande force, avec un grand charisme. Tout de suite, l'harmonie des mouvements de ce rôdeur, leur précision, sa force tranquille attirèrent le regard de Louve.

De son côté, Jen'hilin Alhüin remarqua immédiatement le regard clair, droit et plein de volonté, la morphologie déjà musclée qui trahissait une grande habitude du combat, inhabituelle à cet âge. De même, sa façon de se mouvoir dans la forêt prouvait qu'elle en était familière.

Louve revit plusieurs fois Jen'hilin, jusqu'au jour où elle le surprit en train d'apparaitre, comme par magie au milieu des arbres.
Il lui avait plusieurs fois conté des apparitions de ce genre. Il avait chevauché la brume.
Alors...

Son entrainement débuta ce jour là. Trois ans. Elle partit trois ans.
Trois ans d'entrainement intensif, trois ans d'efforts et d'épreuves. Jen'hilin était bien plus exigeant avec Louve qu'il ne l'avait été avec aucun de ses élèves, parce qu'elle recelait un potentiel bien plus grand.
Jen'hilin fut, non un maître, mais un guide.
Et lorsqu'elle revint chez les Sodan, elle était différente.
Louve la Marchombre.

Âgée de dix-sept ans, le voile apposé sur sa mémoire se leva partiellement. Le Hokage fut contraint de répondre à ses interrogations, mais jamais il ne voulut lui révéler le nom de ses parents.

Le coeur de la jeune fille s'embrasa de haine et, son désir de vengeance étant plus fort que tout, elle partit.

Durant son périple, Louve fit la connaissance d'une jeune femme appelée Zarine, semblant légèrement plus âgée qu'elle.
Semblant.
Car Louve avait appris à juger les êtres. Celle qu'elle avait devant elle était un 6, elle en était certaine.
Et le destin devait lui donner raison.

Louve parcourut toute la Tyrie, elle s'Eleva, alla Plus près des Etoiles, dut combattre autant d'adversaires qu'Isefet prenait de formes.
Enfin, elle se trouva face à la Source du mal.

Elle comprit alors qu'elle ne pouvait vaincre, car Isefet était partout, jusque dans le coeur des hommes.
Elle devait combattre la Source... autrement.
Elle devint sa Prison.


Plus tard, bien plus tard, Louve rencontra de nouveau Zarine, qui lui apposa les sceaux nécessaires à son combat de tous les instants. Ainsi la Chevaucheuse de Brume put-elle occuper son esprit à d'autre tâches que cette lutte constante entre Bien et Mal qui se déroulait en elle.

Lorsque Zarine lui dit avoir rencontré un esprit représenté par une Flamme, qui prônait la rectitude, elle la suivit sans hésiter.

Et Louve la Marchombre, Louve la Chevaucheuse de Brume, Louve la Semi-elfe, devint le Maitre Pisteur et Maitre des Pièges du Clan de la Flamme...

Doucement, la voyageuse relève la tête. Elle se nomme Louve "la Marchombre" Aldawen d'Imladris, Maitresse des Pièges et Maitre Pisteur du Clan de la Flamme, Ambassadrice et Chef de la Diplomatie, et Chevaucheuse de Brume. Elle manie aussi bien l'arc que les armes de corps à corps, la guérison que les éléments. Et elle est une elfe.
Louve.

Elle observe Mokona, son daemon, et sourit.

Puis disparait.

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